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Danemark à l’Euro 92 : Pourquoi tu dois quand même aller à la fête à laquelle tu n’es pas invité.

"Ce titre du Danemark est une leçon de vie."

Sur Café Soccer, la politique est, justement, de ne pas évoquer la politique. Malgré la forte implication de cette dernière dans le sujet de cet article, nous limiterons donc au maximum nos références aux événements qui ont impacté l’Europe des années 1990.

L’année 1992, dans le football, c’est synonyme d’un Olympique de Marseille champion de France, d’un FC Barcelone remportant sa première Ligue des Champions, de la fondation de l’Impact de Montréal, de la naissance de stars actuelles telles que Neymar, Sadio Mané, ou encore Jordan Ferri. Pourtant, le fait le plus marquant, mondialement, restera à jamais le Danemark soulevant le trophée de l’Euro 92 chez son voisin suédois.

« Mondialement », car nous n’oublierons jamais le 5 mai 1992, et la catastrophe du Stade Armand-Cesari, à Furiani. Une blessure qui peinera éternellement à cicatriser pour le football français et corse.

Lancés le 30 mai 1990, les éliminatoires de l’Euro 92 annonçaient d’ores et déjà une compétition très spéciale. En effet, il n’est pas là question de football, malgré la génèse de l’un des plus grands exploits sportifs de l’histoire, mais bien de géographie et de politique.
Rappelons qu’à cette époque, le Championnat d’Europe des Nations était un événement se tenant sur un calendrier de deux semaines, dense, avec uniquement huit équipes au rendez-vous. Le pays organisateur (la Suède) étant, bien évidemment, automatiquement qualifié, seulement sept places étaient donc à pourvoir.
Trente-trois équipes réparties sur sept groupes, avaient dans le but de finir première de ceux-ci, seul moyen d’accéder à la compétition finale en Suède, pour le dernier tournoi utilisant le système de victoire à deux points. Et au terme d’un an et demi de débats acharnés et tendus, se qualifiaient la France (auteure de l’unique carton plein de ces éliminatoires, 8/8 victoires), l’Ecosse (dans un Groupe 2 extrêmement serré), les Pays-Bas, l’Angleterre… Mais aussi des nations devant faire face à des situations bien particulières : l’Allemagne remportait le seul groupe à quatre équipes (à l’origine à cinq, avant l’unification de l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest), l’URSS mouchait l’Italie dans le Groupe 3 pour sa dernière participation sportive en tant qu’Union Soviétique, et la Yougoslavie devançait le Danemark d’un point.

Photo : Kicker – La Yugoslavie à Amsterdam, en amical, le 25 mars 1992. Les Pays-Bas s’étaient imposés 2-0 devant leur public.

Sportivement, tout était au beau fixe du côté yougoslave avec cette qualification, menée par les dix buts signés Darko Pancev (devançant Jean-Pierre Papin auteur de neuf, et Marco Van Basten de huit) sur les 24 inscrits en huit matches, pour seulement quatre encaissés. Son rival au sein du Groupe 4, le Danemark, pouvait se mordre les doigts suite à son faux pas (1-1) face à l’Irlande du Nord. Car une chose est sûre, les danois ne représentaient pas une équipe inférieure à la Yougoslavie, les deux nations remportant la partie sur la pelouse de leur adversaire lors de leur double confrontation.
C’est malheureusement la politique, et l’intensification de la guerre civile au sein du pays, qui forcera les Nations Unies, puis l’UEFA, à priver les talentueux yougoslaves de la compétition organisée par les suédois. Les tout aussi habiles « Crazy Danes » (comme ils seront plus tard appelés) récupèreront donc ce ticket de qualification, à quelques semaines du début de ce qui allait être une fête inattendue pour le football scandinave.

Notamment lorsqu’on sait que :

  • Le Danemark a dû faire face à une préparation minimale à base de minigolf et de bières.
  • La deuxième partie des éliminatoires s’est passée sans les frères Laudrup en désaccord « philosophique » avec leur sélectionneur. Si Michael a boycotté la phase finale de l’Euro 92, Brian y a quant à lui participé.
  • Ce même sélectionneur, Richard Møller Nielsen n’a été nommé qu’en tant que solution de remplacement du favori Horst Wohlers.
  • Kim Vilfort était touché par une tragédie familiale, sa fille de 7 ans vivant ses derniers jours, elle qui était atteinte d’une leucémie. Le milieu danois dût déclarer forfait pour le si crucial dernier match de poule.
  • Une grave blessure est venue durant la compétition pour Henrik Andersen en demi-finale après un choc avec Marco Van Basten.
  • C’était une équipe peu solidaire d’un coach qui était convaincu que le groupe « venait pour gagner ». Il fallait du toupet pour dire ceci tout haut, mais le Danemark n’était plus à cela près en terme d’image.

Dans le Groupe A, accompagné de l’organisateur, peu de monde donnait cher de la peau du Danemark face aux mastodontes qu’étaient la France et l’Angleterre. Pourtant, au terme de cette phase, ce sont ces derniers qui étaient éliminés à la surprise générale. Et quitte à jouer les imposteurs jusqu’au bout, les danois se sont qualifiés avec la deuxième place, et en ne marquant que sur l’un des trois matches de poule. Un 0-0 stérile face au Three Lions et une défaite 1-0 face à l’hôte suédois étaient suffisants pour en venir à ne pas calculer les chances des hommes de Richard Møller Nielsen, et son très rigide 5-3-2.

Henrik Larsen, non pas la légende du Celtic, mais le co-meilleur buteur de l’Euro 92 avec Tomas Brolin, Karl-Heinz Riedle et Dennis Bergkamp.

Vient alors le dernier match de ce Groupe A, Danemark-France, pour un duel de 5-3-2. Les français restaient quant à eux sur deux résultats nuls face à la Suède (1-1) et l’Angleterre (0-0), et un autre suffisait pour passer, tandis que les danois devaient absolument s’imposer. Un besoin de victoire qui se traduit par le premier but inscrit par les futurs vainqueurs de la compétition par « Store » Larsen (son surnom, signifiant « Big Larsen »), dès la 8e minute de jeu. Le Danemark tient donc ses deux points de la victoire, jusqu’à l’heure de jeu et l’égalisation de Jean-Pierre Papin. JPP et ses coéquipiers n’auront cependant pu profiter de ce résultat favorable bien longtemps, 18 minutes exactement, assommés par le but crucial à la 78e minute de Lars Elstrup, alors que Les Bleus jouaient le jeu afin de reprendre l’avantage.

La douche froide pour la France dans un stade en feu, à Malmö, pour ce succès du Danemark. La demi-finale face aux impressionnants Pays-Bas, et toutes leurs stars, s’annonçait comme un défi insurmontable pour les coéquipiers de Brian Laudrup et Peter Schmeichel. Mais là encore, les danois ont pu compter sur le surprenant Henrik Larsen : pas titulaire lors des deux premiers matches de poule, le milieu d’1m88 était récompensé de son impact dès qu’aligné dans le XI de départ, face à la France. Résultat ? Un doublé qui permettra au Danemark d’être deux fois devant, mais qui ne suffira pas à s’imposer après les égalisations de Bergkamp en première période, et Rijkaard, en toute fin de match. C’est aux tirs au but que le match finira par se décider, 5-4, avec pour seul raté celui du pourtant si efficace Marco Van Basten, peut-être encore secoué par le fameux choc blessant Henrik Andersen côté danois plus tôt dans le match, bien trop prévisible pour Peter Schmeichel.

La finale de rêve pour le football scandinave n’aura pas lieu. La Suède, dans l’autre demi-finale n’aura pas pu contenir l’Allemagne. Conséquence, les deux deuxièmes de la phase de poule s’affrontent pour le titre à Ullevi, mythique stade de Göteborg. Les allemands forts de leur union récente et de leur performance de patron face à l’hôte au match précédent, semblent être un énième obstacle insurmontable pour ces danois qui ont pourtant déjoué tous les pronostics. C’est donc pour cela que le Danemark finit par s’imposer 2-0 sans douleur (du moins, après un début de match tendu) grâce à un missile de John Jensen en début de partie, et une frappe bien placée de Kim Vilfort pour assommer l’Allemagne. Une belle revanche sur la vie pour ce dernier.

BANG ! Bodo Illgner ne peut rien faire sur cette frappe puissante de Jensen.

A l’image de son tournoi, la dernière surprise vient du fait que seulement deux joueurs du Danemark garnissent le XI type de l’Euro 92. Peter Schmeichel, excellent et grand artisan de l’acquisition du titre, mais pas exempt de tout reproche, est nommé gardien de la compétition, tandis que Brian Laudrup occupe une place au milieu. Pourtant relativement solides, les défenseurs danois ne seront pas primés, ayant même été snobés par l’UEFA au profit de Jocelyn Angloma et Laurent Blanc, éliminés avec la France en groupe. Un choix discutable, mais loin d’être scandaleux pour cette ligne arrière plus unie que techniquement talentueuse.

En bref, ce titre du Danemark représentera à jamais davantage qu’une simple belle histoire. C’est une sorte de leçon de vie, qui va bien au delà de la morale, qui donne une notion de maîtrise des faits. Non, ici, c’est bien différent : parfois, tout l’univers nous veut du bien, et en 1992, celui-ci était avec tous les danois (excepté Michael Laudrup). A croire que, comme disait Napoleon Hill dans le célèbre livre Think and Grow Rich, dans lequel l’auteur évoque le fait que son fils ait pu miraculeusement entendre malgré sa naissance avec malformation du système auditif, uniquement parce qu’il était convaincu que le fiston pourrait entendre un jour, la conviction de finir champion pour Richard Møller Nielsen était telle, que sa simple pensée est devenue réalité.

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