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Mon idole que vous ne connaissez pas, Luke Vercollone.

Il y a quelques années, quand Café Soccer était encore Soccer France, et s’occupait de partager l’actualité du soccer Nord-Américain, notre rédacteur Vincent Marche était à l’origine de l’hebdomadaire Gazette de l’USL. Indirectement, m’occupant alors de la MLS, son travail m’a permis de suivre l’actuelle D2 nord-américaine (D3 à l’époque) en tant que lecteur. Car oui, que ce soit chez Soccer France il y a de cela quelques années, ou chez Café Soccer aujourd’hui, nous sommes rédacteurs mais aussi lecteurs du travail de nos collègues.

Très vite, en découvrant chaque équipe de la ligue, l’une d’entre elles a retenu mon attention. Je ne vais pas mentir, ce n’est pas pour ce que représente le club, ou pour sa performance socceristique, que j’ai commencé à suivre son parcours. Non, ce qui m’a fait aimer les Colorado Springs Switchbacks, c’est la présence d’un joueur (et aussi d’un lapin sur le bord de la touche, mais c’est une autre histoire), capitaine du navire, et véritable légende des lower leagues professionnelles US, Luke Vercollone.

Si au début, Verco, comme j’aime l’appeler, n’était pour moi que « le mec qu’on voit dans chaque highlight des Switchbacks », il est devenu progressivement un joueur que j’ai appris à connaître sur un terrain. Très vite, j’ai compris que sa présence si fréquente dans les résumés de matches n’était pas un hasard, notamment lorsque j’ai commencé à regarder certains matches de Colorado Springs en direct : Luke Vercollone était un joueur de talent.

Mais d’où venaient ce niveau relativement élevé et cette vision du jeu supérieure à la moyenne ? Pourquoi et comment ce joueur à la trentaine bien tassée se retrouvait ici, dans une franchise moyenne d’USL ? Coup du destin, étant supporter des Revs, et passionné du sport dans le Massachusetts, j’ai pu découvrir que le milieu axial des Switchbacks était en réalité un pur produit de la formation de cet Etat (finissant d’ailleurs son cursus chez les jeunes par deux magnifiques saisons chez les Cape Cod Crusaders en PDL, ligue de développement), et a même pu débuter sa carrière professionnelle… A la New England Revolution, en MLS, après avoir été drafté sans être signé par le Columbus Crew à la SuperDraft 2004. Cela dit, Vercollone n’a jamais pu s’imposer au sein de mon équipe favorite, ne disputant que cinq rencontres en deux saisons, ne jouant que 37 minutes au total pour l’équipe première de NE.

Alors dans sa deuxième saison professionnelle, Luke Vercollone était déjà le capitaine de l’équipe réserve de la New England Revolution. Le leadership ne s’apprend pas !

Pas encore au point pour la MLS, c’est donc en USL que ce cher Verco a poursuivi sa carrière, posant ses valises en Caroline du Sud, à Charleston, signant pour la Battery à partir de la saison 2006. Son intention était probablement (je n’ai jamais pu l’interviewer du fait de sa faible fréquentation des réseaux sociaux, et la PR des Switchbacks n’étant pas la plus efficace, pour rester poli) de descendre d’un cran pour mieux rebondir… En MLS ? Dans ce cas, c’est raté, les douze saisons suivantes de sa carrière se sont faites en USL… Pour une carrière atypique mais fantastique ? Dans ce cas, c’est réussi !

Deux saisons, et 66 matches plus tard, Luke Vercollone rejoignait la Virginie et les Richmond Kickers, toujours en USL, mais un palier au-dessus en terme d’ambition. Cela s’est d’ailleurs traduit par l’obtention du titre en 2009, en étant un des artisans du succès national de son équipe, battant les Charlotte Eagles (si le nom de cette équipe vous parle, c’est normal : c’est une des équipes les plus anciennes des lower leagues US, fondée en 1991. Enfin ça, c’était pour l’anecdote heureuse, en réalité, vous avez surtout dû lire ou entendre le scandale lié au fait que les Eagles sont une organisation qui s’autoproclame « anti-gay ») 3-1 au terme d’une finale renversante, à domicile devant 3000 personnes.

Evoluant à Richmond jusqu’à 2014, auteur de six bonnes saisons, Vercollone va devenir la première signature de Colorado Springs en 2015, à bientôt 33 ans. Recrue phare, et capitaine des Switchbacks, c’est là-bas que la star de cet article va vivre ses plus belles années sportives sur le plan individuel : pas moins de 104 matches en quatre saisons, dont 28 buts inscrits en jouant au poste de milieu central (bien aidé par ses qualités de tireur de penalties), et une nomination au meilleur XI d’USL en 2015. Le stéréotype du bon vin est de sortie, Verco s’est bonifié avec le temps, et a pris sa retraite en tant que recordman de rencontres jouées en USL, avec le compte rond de 200 matches en saison régulière. Il est aujourd’hui quatrième derrière George Davis, Jorge Herrera et Taylor Mueller.

Avec Luke Vercollone, un penalty tenté, un but assuré. Mon joueur favori all-time étant Matt Le Tissier, je commence à croire que j’aime définitivement les grands tireurs de penalties.

Mais l’impact de Luke Vercollone a transcendé la simple scène sportive, lui qui est un fervent catholique, et un « motivational speaker », une véritable implication en parallèle de sa carrière réussie de footballeur. Evidemment, de mon point de vue, et de celui de Café Soccer (respectant notre politique), je ne souhaite pas évoquer la religion qui n’a rien à voir avec un ballon sur un terrain. Cela dit, par respect pour ce bon Verco, j’estime qu’il était important de souligner ce qui est une partie intégrante de sa vie, sa foi. Et toute foi se respecte. Cependant, si vous souhaitez en savoir plus, les moteurs de recherche sauront répondre à vos questions.

Quoiqu’il en soit, je tenais à remercier Luke Vercollone pour sa magnifique carrière, et les quelques saisons que j’ai suivi assidûment du côté de Colorado Springs. Il représentera à jamais, pour moi, l’exemple parfait du véritable professionnel au parcours modeste mais sérieux et solide. Nous oublions tous, bien trop souvent, à quel point être footballeur pro est une opportunité rare, qui requiert un grand talent. Gagner sa vie en pratiquant sa passion au quotidien est une aubaine. Verco en a profité, et m’en a fait profiter également par ses performances fantastiques avec les Switchbacks. Cette transmission, c’est ce qui fait de lui l’une de mes idoles, et c’est avec grand plaisir que j’ai souhaité prolonger celle-ci à travers cet article, pour un public plus grand, qui n’a jamais pu découvrir ce joueur auparavant.

Credit: Isaiah J. Downing/Switchbacks FC
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