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Covid et stades vides : est-ce toujours notre football ?

Actuellement en période de « deuxième confinement », notez bien les guillemets, cette situation s’est évidemment retrouvée au centre d’une discussion dans la rédaction de Café Soccer : nos cafés sont fermés, et la plupart des stades de la planète sont toujours interdits d’accès au public, et ce depuis maintenant un long moment. Ce qui signifie que le football est pratiqué dans des stades vides, pour des matches à huis clos qui s’enchaînent semaine après semaine. Bien plus qu’on ne le pensait au début de l’année 2020, l’absence de chaleur humaine en tribunes a véritablement affecté notre façon de suivre, et vivre notre sport fétiche. Loic, Vincent, et Lucas se sont penchés sur ce sujet.

Loic : Nous pensions ne jamais connaître une situation comme celle-ci, mais force est de constater que ce virus a changé pas mal de nos habitudes y compris et surtout dans le domaine du sport. Un match de foot dans un stade vide ? Phrase irréelle il y a quelques mois, désormais une description habituelle. 

En temps normal, aller voir un match de foot signifie un moment unique pour deux choses fondamentales : le match et son niveau en lui-même ainsi que la participation dans les tribunes des différents supporters. Faites un exercice simple et rapide, pensez à un match grandiose, légendaire à vos yeux ; enlevez désormais les supporters. Alors ? C’est tout de suite moins spectaculaire tout d’un coup. 

L’importance du public est souvent sous-estimée dans notre sport, alors que c’est une performance à part entière qui fait partie intégrale du match. Vous pouvez assister à un niveau de jeu grandiose, sans public le match se retrouvera fade. Alors qu’à l’inverse un simple match de Ligue 1 qui finit en 0-0 peut être un rendez-vous immanquable si les supporters s’en donnent à cœur joie. 

Tous les sports ont un besoin cruel de public pour pouvoir se vivre pleinement, mais le football plus particulièrement, et c’est notamment dû au fait que plusieurs dizaines de milliers de personnes peuvent transformer l’atmosphère du match. (99 354 places au Camp Nou, imaginez s’il n’y avait pas que des touristes dans les tribunes…). 

Bref, une chose manque et manquera toujours pour que la planète football se relève et reprenne ses habitudes. Alors que, par exemple, le catch sans public n’a pas grand sens, le football sans public n’a simplement aucune saveur. 

Vincent : Il y a quelques temps, j’ai voulu regarder un match. Je ne sais plus lequel car j’ai très vite éteint la télé pour la simple raison qu’il n’y avait pas de spectateurs. Pour moi, le public est l’âme du football et du sport en règle générale. Le sport est un spectacle où l’ambiance n’est pas assurée par les principaux acteurs mais par ceux qui le regardent. Il suffit de voir les clubs qui reviennent le plus quand on demande à quelqu’un, ce sont ceux qu’on veut voir parce qu’ils nous laissent penser qu’il y a une bonne ambiance. Par exemple, je suis allé voir Strasbourg jouer pour cette raison. Ainsi, des stades à huis clos, c’est une petite mort du football.

Lucas :

Je me souviens d’un interview que j’ai réalisé pour mon blog perso en début d’année avec Wilfried Zahibo, alors joueur de la New England Revolution en MLS, et maintenant du Houston Dynamo. Fermement, il avait évoqué le sujet des stades vides : « Je suis vraiment contre les matches à huis clos. Le foot est quelque chose qui se partage avec les fans donc leur absence gâche la fête. » Bingo ! Wilfried résumait mon point de vue, qui est visiblement partagé par les joueurs, en une phrase.


Je repense à une action du côté d’Old Trafford, vers la fin de la belle époque des Red Devils sous Ferguson. Un ballon revient sur Paul Scholes, déterminé à allumer un pétard à 30m, prenant une longue course d’élan, tête baissée, qui trahissait son intention. C’est alors que le stade gronde, forçant Scholes à lever la tête, pensant sans doute « oh, je dois peut-être pas la tenter celle-là ». Ce bon Paulo décale donc le ballon vers l’aile droite sur John O’Shea, le public applaudit, et l’irlandais dépose une galette sur la tête de Berbatov, pour le but du 3-2 face à Liverpool, permettant au bulgare de signer un hat trick.

Toujours dans le minimalisme, alors que je pourrai m’étendre des heures à ce sujet (c’est un article collectif, à chacun d’apporter son paragraphe), je pense que l’on peut tout résumer par cette action. Wilfried Zahibo parlait de « partage ». Le partage va au-delà du simple fait d’être heureux sur un but, triste ou énervé sur un carton rouge. Il va au-delà de l’émotion du fan, du spectateur : la proximité du public peut même influencer le cours d’un match, qui peut à son tour influencer le cours de l’histoire. Le football étant par définition ouvert à tous, tant dans la pratique que dans la passion, il n’est pour moi (et pour beaucoup de joueurs, de joueuses, et fans, pour en avoir discuté relativement souvent cette année) pas concevable de tenir une saison à huis clos, peu importe le contexte. Je préfère m’abstenir que de suivre un football sans public au stade.

La nature subjective de ces articles collectifs publiés sur Café Soccer permet parfois de varier les points de vue. Or là, à ce sujet, les membres de notre rédaction ayant participé à ce papier s’avèrent fermes : à la question posée par le titre, notre réponse est un non catégorique. Et vous, quel est votre avis sur la situation ? Parvenez-vous à suivre le football avec la même passion qu’avant ? N’hésitez-pas à faire part de votre ressenti sur Twitter @Cafe_Soccer !

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