La plus grande histoire du foot amateur ?

Histoire vraie, tenez-vous bien !

En ce dimanche pluvieux, la tension était palpable.

Toute l’équipe s’était retrouvée, deux heures avant la rencontre pour évoquer l’absence de Popol dans les cages. Popol le grand gardien, le  »rempart », comme l’appelaient tous ses co-équipiers. Rien à voir avec le fait qu’il était natif de Carcassonne !

Bernard T. l’entraîneur, était dans tous ses états. Pas de gardien remplaçant, pas de courageux volontaire pour prendre le poste, pas d’idées, pas le moral… D’abord qui aurait pu arriver à la cheville du rempart ? Personne. L’heure tournait et bientôt les joueurs du club adverse seraient là, prêts à tout péter. Ce club adverse qui, au fil des temps, était devenu le club ennemi, l’ennemi juré.

Dans les vestiaires, tous nos joueurs tournaient en rond comme des âmes en peine. Bernard transpirait, tremblait et commençait sérieusement à bégayer. Nous avions tous remarqué que son état d’anxiété provoquait, occasionnellement, un trouble de l’élocution et chacun y mettait du sien pour éviter de le contrarier. Mais là, cette fois-ci, nous étions devant un souci de taille. Bernard sortit des vestiaires, un instant. Il devait absolument analyser la situation. Une gitane maïs, puis deux… il revint auprès de ses joueurs avec la ferme intention de pousser une bonne gueulante. Qui allait se dévouer ? C’est alors que Michel dit Mich-Mich se proposa. Oh l’étonnement fut grand ! Lui qui, de toute sa « carrière footballistique » n’avait été que remplaçant du remplaçant. Tous le félicitèrent et l’encouragèrent. Il fallait vraiment avoir du cran pour oser remplacer Popol. Oui, mais avions-nous le choix ? Mich-Mich était un homme plutôt petit, grassouillet et lent et d’un âge avancé, l’anti Popol, par excellence.

La feuille de match était désormais remplie. Claude commençait à couper les oranges. Régis, le président, encourageait chaque joueur d’une tape amicale sur l’épaule. Roro comptait les bandages, les bombes de froid et les crèmes à l’arnica dans la boîte à pharmacie. Les joueurs pouvaient, désormais, sortir pour s’échauffer sous les regards inquiets des spectateurs se faisant de plus en plus nombreux. Personne n’aurait loupé la rencontre !

Derrière les barrières, les supporters des deux équipes se regardaient déjà de travers. Les joueurs « ennemis » arrivaient eux aussi sur le terrain et chaque équipe, dans un coin du terrain, s’observait l’air de rien, en sifflant.

L’arbitre officiel venait d’arriver. Nous le connaissions, hélas ! Il travaillait au garage automobile du village d’à côté et nous l’appelions « Rotor ». L’homme en noir portait bien son nom. Visiblement, il avait une dent contre Régis notre président mais personne n’a jamais réellement rien su des tenants et aboutissants. Une histoire de dispute ancestrale liant les deux familles, c’est ce qui se disait dans les chaumières.

Pas d’arbitres officiels en touche, juste deux volontaires des deux clubs respectifs. Après que chaque joueur ait présenté les crampons à Rotor, tous purent entrer sur le terrain. Bernard, l’œil noir, le teint blafard et la mine des mauvais jours regardait, déconfit, ses joueurs se mettre en place. Mich-Mich commençait à sauter dans ses cages et nous priions tous, en silence.

Coup de sifflet. Le match venait à peine de débuter que Mich-Mich fut à l’honneur. Premier but contre son camp ! Un malheureux arrêt hasardeux qui projeta la balle dans ses cages. Fou rire de l’adversaire, moment de solitude pour nous. Tout est foutu se disait-on.

Et de deux !  »Mich-Mich tttu vas fairre attentiiion un pppeu oui ou mmmerde » criait Bernard. Pour la défense de notre super gardien, ce but avait été le fruit d’une magnifique action collective et personne ne l’avait vu arriver. Encore moins Mich-Mich !

Nous étions tous impatients que cette rencontre se termine. Déjà à la douzième minute, nous pressentions l’hécatombe. Mais Mich-Mich, qui venait de s’être sacrément fait remonter les bretelles, à la mi-temps, était subitement devenu un deuxième rempart. Durant la deuxième période, les occasions n’avaient pas manqué et le gardien avait été, disons… Surprenant !

Toutefois, nous avions tous hâte que le coup de sifflet se fasse entendre. Il ne restait plus qu’une ou deux minutes avant la fin de la rencontre. Soudain, un désaccord virulent entre deux joueurs occupa toute l’attention de tous ceux qui étaient présents, en ce dimanche. Les arbitres de touche et Rotor accoururent vers le champ de bataille. Aucun n’avait levé le drapeau ou sifflé pour arrêter le match. Et voilà que notre Mich-Mich, dans un éclair de génie remonta tout le terrain, le ballon à ses pieds. A son rythme, il contourna la rixe sous le regard interloqué d’un public en furie. « Vas-y Mich-Mich ! ».

Et Mich-Mich marqua un but. Le seul de sa vie ! Incroyable, Michel venait de sauver l’honneur du village, malgré la défaite.