Super League Européenne : bonne ou mauvaise idée ?

Que ce soit un projet en cours ou une simple rumeur, il est de plus en plus fréquent de voir des précisions s’apporter au sujet d’une très controversée « Super League Européenne ». La rédaction de Café Soccer s’exprime, subjectivement, à son sujet.

Vincent : Le projet de Superligue apparaît comme une suite logique dans l’évolution des compétitions. Les clubs ont pris de plus en plus d’importance. La Ligue des Champions s’est de plus en fermée au fil des années. Néanmoins, il reste quelques éléments qui font de la Ligue des Champions une compétition encore suivie : les surprises et le fait de voir des affiches de manière espacée. Pour le premier élément, les épopées récentes de l’Ajax ou de l’Atalanta et les qualifications de clubs comme Midtjylland, Qarabag ou encore Rostov permettent aux suiveurs d’avoir une certaine nouveauté et une incertitude. Pour ce qui est du second élément, les chocs se font encore rares. Si les affiches s’enchaînent une fois arrivée la phase à élimination directe, ce qui est normal, elles ne sont pas légion lors des premiers mois de compétition. Dans cela, il y avait un hic. Les grands clubs européens ne gagnaient pas encore assez à leur goût. Il faut les comprendre, les recettes faramineuses de la Champions League ne leur permettaient pas de concentrer les meilleurs joueurs et de truster les premières places en championnat. En tous cas, encore une fois, pas assez à leur goût. Alors, ils veulent monopoliser le football. Le projet de Superligue permet donc à une quinzaine de clubs de rester ensemble pour se partager la part du gâteau. Un gâteau empoisonné pour l’incertitude du sport puisqu’il tuera ces deux notions évoquées plus haut, celles de renouvellement et de rareté des chocs. Dans un tel projet, de semaine en semaine, on verrait le Bayern affronter le Real, le Barça, la Juve et Manchester United. En plus d’être empoisonné, le gâteau sera indigeste. De plus, le projet va à l’encontre du sport européen. En Europe, il y a cette tradition de pyramide dans chaque sport. Chaque équipe a la possibilité d’arriver au plus haut niveau et de se qualifier pour l’Europe. On connaît tous de belles histoires de clubs mal-classés ou en divisions inférieures s’octroyant un moment de rêve grâce à l’Europe. Dans un passé récent, Guingamp a failli atteindre les huitièmes de finale de la Ligue Europa. Cela n’aurait pas été possible avec la Superligue. En Amérique du Nord et en Australie, les ligues fermées sont la norme. Néanmoins, elles savent se réguler, à travers des règlements aboutissant à une relative parité entre les équipes et donc à une incertitude. Je n’arrive pas à imaginer de telles manières de faire dans une ligue fermée entre clubs de football européens souhaitant faire sécession pour ne pas avoir à partager le gâteau et à le rendre encore plus gras. De là à imaginer cinq ou six clubs dans un futur proche souhaitant eux-même faire sécession au sein d’une SuperSuperligue, il n’y a qu’un pas…

Florian : Je suis assez partagé sur le projet de Super Ligue européenne. D’une part, mon côté supporter de football depuis plus de 20 ans, et habitué au modèle championnats nationaux + Ligue des Champions, ne voit pas cette Super Ligue d’un très bon œil. En effet, cela impliquerait un gros changement dans l’organisation des championnats, mais aussi de l’intérêt de ceux-ci. Je suis aussi, comme beaucoup, attaché à ce format de la Ligue des Champions actuel, même si j’ai apprécié le Final 8. Est-ce que ce format nous permettra de vivre les mêmes émotions que les phases finales de LDC des dernières décennies ? Ou allons-nous être lassé de voir autant de grandes affiches régulièrement, comme un peu en NBA où, finalement, la saison régulière peut paraître longue et monotone ? Mais justement mon côté fan de sport US est plutôt curieux de ce projet de ligue européenne. Car oui, clairement, ce projet va se rapprocher grandement des ligues nord-américaines, où l’égalité sportive est très présente grâce à une bonne distribution des revenus, la présence de salary caps, et aussi de draft pour permettre d’équilibrer sans cesse la ligue. Alors effectivement, cette Super Ligue se fera surement entre club « riches » soigneusement sélectionnés, mais d’un autre côté cela pourra permettre d’équilibrer les championnats nationaux actuels, dans le sens où les clubs présents dans la Super Ligue y verront peu d’intérêt ou seraient même supprimés des compétitions nationales… Ce qui peut rendre les championnats plus ouverts et intéressants pour les clubs outsiders. Pour conclure, je pense que le football européen a besoin d’une réforme, mais dur de savoir laquelle serait équitable pour l’ensemble des clubs.

Loic : Je ne vous apprends rien, les sports évoluent à travers les décennies et de nombreux changements ont vu le jour depuis le siècle précédent. Alors, quand j’ai entendu parler pour la première fois du projet de « Superligue européenne » j’ai regardé ça de près pour m’y intéresser. Et quelle ne fut pas ma déception d’observer à quel point cette idée, si elle arrivait à se concrétiser, allait casser tout le peu d’intérêt qu’il restait à suivre de près les compétitions européennes. Ce n’est que mon avis évidemment, mais personnellement j’ai de plus en plus de mal de regarder assidûment la Champions League, pour ne citer qu’elle, car je trouve que la compétition manque d’intérêt. Quelque chose s’est cassé dans le charme de cette dernière… Mais une chose perdure : les surprises, rebondissements et autres résultats que personne n’avait vu venir. Prenons l’exemple de l’année dernière : qui aurait pu envisager une demi-finale PSG-Leipzig ou en 2019 une finale Tottenham-Liverpool ? Pas grand monde, disons-le. En adoptant ce format de « Superligue », on peut dire adieu à tout cela. Quinze équipes connues à l’avance, toujours les mêmes confrontations, des revenus pour les droits TV toujours plus fous… À quoi bon regarder le football si on ferme la porte à d’innombrables clubs qui peuvent nous procurer tant d’émotions ? Que faire des équipes plus modestes ? L’Atalanta l’année dernière, l’Ajax l’année d’avant ? On oublie tout cela et on se concentre sur un même groupe ? Ce sera sans moi en tout cas.

Lucas : Non. Fin du paragraphe. Ciao les enfants, je m’en vais en vacances. Bon d’accord, je vais quand même un peu développer, même si tout tombe sous le sens, sans nécessité de réflexion. Oui, c’est à ce point que je suis radical au sujet de l’European Super League ! L’une de ces nombreuses idées qui me font me dire : « comment, quelqu’un, quelque part, un jour, a pu se dire que c’était une bonne idée ? ». D’un point de vue du calendrier, c’est dangereux pour les joueurs qui vont jouer beaucoup trop de matches. Le concept des quinze clubs permanents pendant qu’une petite poignée d’autres pourraient y accéder « de temps en temps » n’a strictement aucun sens : soit on prend le parti d’une ligue fermée, retirant en grande partie l’âme du sport européen, soit on l’ouvre complètement, respectant ainsi celle-ci… Ici, on atteindrait l’absurdité des franchises MLS prenant des noms génériques pendant que d’autres ont leur nom typiquement US. Financièrement et sportivement, les championnats domestiques perdraient de leur intérêt, voyant leurs gros devenir encore plus forts qu’ils ne sont déjà. Enfin, la Champions League existe depuis trop longtemps, avec un format quasiment parfait, et qui par son côté « exceptionnel », et ses matches plus occasionnels que ceux que l’on pourrait retrouver dans une ligue, nous fait tous frissonner. La tuer serait purement un crime contre le sport, les clubs, les championnats, et peut-être même l’humanité, quand on sait à quel point l’UCL compte dans chacun de nos cœurs.

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