Leicester : Une merveilleuse destinée

12 mai 2013, dans une des plus folles fin de match de l’histoire du football, Watford se qualifie grâce à un but au dernier instant de Troy Deeney provoquant les cris des commentateurs qui résonnent encore aux quatre coins de la planète. En face ? Le Leicester d’Anthony Knockaert est dépité, lui qui devait quelques secondes auparavant, sur penalty, envoyer son équipe en finale d’accession à la Premier League.

Chez les supporters des Foxes, les larmes montent, et à juste titre, lorsqu’on sait par quoi le club est passé les années précédentes, même forcé à effectuer une saison (la seule de son histoire) en League One (D3) en 2008/2009. Le retour en première division était un rêve qui devait se reporter d’un an. A l’été, pour accompagner les très performants Jamie Vardy et David Nugent, ainsi que le « crack » Danny Drinkwater, Leicester recrute Riyad Mahrez en provenance du Havre. Cette fois, pas besoin de playoffs d’accession en PL, Leicester finit premier, pour une promotion directe.

De retour en Premier League, le LCFC est bloqué pour la plus grande partie de la saison à la 20e place, incapable de s’en sortir à ce niveau. Puis vient la 30e journée de championnat, et une victoire 2-1 face à West Ham à domicile, qui mènera à une série improbable de six victoires, un nul, et une défaite, permettant aux Foxes de passer de lanterne rouge à surprenant et honorable 14e. Avec un tel scenario dans la montée, puis un autre dans le maintien, il était évident que ce Leicester cachait quelque chose de magique.

Le bonheur, la camaraderie, Leicester.

Il fallait juste trouver le sorcier qui allait pouvoir exploiter cette magie : Claudio Ranieri. Avec un effectif quelque peu improbable, même avec le recul, même lorsque l’on sait que Leicester avait recruté sans prétention N’Golo Kanté en provenance de Caen, même si ce dernier était entouré de noms tels que Vardy, Mahrez, Schmeichel… Les Foxes vont débuter la saison avec leur technicien italien de façon convaincante, malgré leur première défaite, lourde, sur le score de 5-2 face à Arsenal, lors de la septième journée. Après cela ? Seulement deux déconvenues, à Liverpool puis… sur la pelouse d’Arsenal, dauphin et bête noire, durant la phase retour. Entretemps, les « gros » de Premier League n’ont pu résister au club du regretté Vichai Srivaddhanaprabha (quel bonheur de se dire que ce monsieur a pu vivre ces grands moments, lui qui a perdu la vie dans le tragique accident d’hélicoptère de Leicester en 2018), qui croyait fermement que la réussite de ses joueurs reposait sur le karma, d’où son implication financière et sa foi pour le Bouddhisme, et les rencontres régulières entre moines et membres de l’effectif, du staff. Que l’on y croit, ou non, force est de constater que Riyad Mahrez, Player of the Year, Jamie Vardy, pulvérisant le record de matches consécutif avec un but (11), « and co », ont reçu une bénédiction leur permettant d’exposer tout leur talent.

Le résultat : un titre de champion de Premier League inespéré pour ce Leicester pourtant rescapé miracle quelque mois auparavant, lors de la saison précédente. Dans le championnat souvent reconnu comme le plus relevé du monde, comment expliquer ce succès inouï, mené notamment par deux anciens joueurs amateurs ? Par le beau jeu ? Non, Leicester était 18e en terme de possession, avec 42% de moyenne, et bon dernier de Premier League pour ce qui est du pourcentage de passes réussies (70%). Par le budget ? Non plus, Leicester n’a dépensé que 27M£ lors du mercato d’été, et son XI de départ habituel n’avait coûté que 23M£ au club, soit environ dix fois moins que les XI des précédents champions.

Ces chiffres sont improbables, mais pourtant vrais.

Pour Claudio Ranieri, l’analyse est simple : ce titre s’est obtenue en pure simplicité, et « ne pourra pas être répliqué ». Le chemin le plus rapide vers le but, c’est d’envoyer le ballon devant. L’application du concept « on ne change pas une équipe qui gagne » (27 changements dans le XI de départ tout au long de la saison, contre 95 en moyenne chez les champions de Premier League). La promesse de pizza offerte en cas de clean sheet, utile notamment lorsque face à la possibilité de réaliser l’exploit, Leicester s’est transformé en mur défensif en deuxième partie de saison, remportant la plupart de ses matches sur le score de 1-0.

Une simplicité qui n’aurait pu rimer avec efficacité sans une véritable unité, dans un cadre sain, entre dirigeants, staff et joueurs. Les Foxes de cette saison 2015/2016 se sont véritablement présentés comme une organisation merveilleuse à tous les étages, basée sur un état d’esprit positif et convivial, sans ambition particulière, mais avec l’objectif de donner son meilleur pour déjouer tous les pronostics qui, rappelons-le, voyaient Leicester comme le futur cancre de l’exercice.

Un statut que n’aura vraisemblablement plus jamais le LCFC, après ce trophée de champion en 2016, suivi de quelques saisons solides, dont 2019/2020 synonyme de retour en Europe avec une cinquième place. Actuellement (au moment où ces lignes sont écrites) dans la course au titre de Premier League, même si un succès semble compliqué, il semblerait que Leicester se soit installé dans son fauteuil d’équipe sérieuse, non seulement en Angleterre, mais aussi dans le football européen. De quoi rendre Vichai fier du travail accompli, puis perpétué par son fils, ancien moine bouddhiste et désormais propriétaire du club, Aiyawatt.

« On a quand même été sacrément bons ! »